Mai 68 : 50 ans après, le temps de repenser l’Université tous ensemble ? 5月危機から50年後の今、大学の未来について考え直す時?

(日本語のコメントはページの最後をご覧ください。)

J’ai l’intime conviction que les lieux d’enseignement supérieur doivent être dédiés aux débats passionnés sur l’avenir du monde et de la société. C’est pour cette raison que la lutte étudiante est un sujet qui me tient à cœur, et ce, depuis que j’ai commencé à travailler sur les milieux universitaires sénégalais. C’était il y a 15 ans, en 2003. A l’époque, j’étais inscrite en licence à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’UCAD.

En lisant des articles de presse et des ouvrages sur la révolte étudiante de Mai 68 au Sénégal (Abdoulaye Bathily, 1992 ; Oumar Guèye 2017, par exemple), en écoutant les témoignages des personnes qui ont vécu « l’époque », j’ai vite compris que l’UCAD était devenue au fil du temps un véritable « lieu de politique ». Un lieu où les étudiants avaient eux-mêmes négocié et construit un bastion de la démocratie, notamment pour faire face au néocolonialisme de l’État sénégalais nouvellement indépendant. Un état dirigé par Léopold Sédar Senghor, le premier président du pays.

Entre 1968 et 1969, une série de soulèvements, de contestations et de grèves ébranlent le pouvoir en place. Étudiants membres d’associations et de syndicats, très vite rejoints par les enseignants puis les travailleurs de tous horizons sortent dans les rues pour manifester leur colère contre la politique du gouvernement. (Francis Kpatindé, « Mai 68 à Dakar, chronique d’une époque fébrile »Le Monde, le 7 mai 2018)

Avec énergie et conviction, les étudiants n’hésitent pas à tenir tête aux forces de l’ordre appelées à la rescousse. Malgré la répression violente à leur encontre, ils restent déterminés. C’est précisément cette détermination qui m’a interpellée. Loin de représenter les classes populaires, ces jeunes faisaient partie de cette « élite intellectuelle » capable d’analyser, de critiquer, et de contester la décision politique par le haut.

Au cours de mes interminables discussions avec ces « anciens », ils m’ont tous raconté comment ils avaient eu le sentiment d’avoir participé à un très « grand projet » ; un projet idéologique, influencé par le marxisme, à travers lequel ils parvenaient à se projeter vers l’avenir avec de grands rêves pour leur société et leur pays. Certains s’imaginaient même avoir la capacité de « changer le monde ». Une conviction si profonde que je ressens encore « la force » qui les habitait à l’époque.

Retrouve-t-on autant d’énergie, autant de détermination chez les jeunes d’aujourd’hui quand ils manifestent ? Ma réponse est plutôt mitigée. Née au début des années 80, j’ai la sensation de faire partie d’une génération qui n’a pas vécu de moments aussi forts que les années 60-70 considérées comme « le temps de toutes les révolutions » : sexuelle, morale, artistique, scientifique, technologique, et bien évidemment politique avec Mai 68 donc, ou encore quelques années auparavant, les indépendances africaines.

La lutte continue… t-elle ? Regard Croisé, France, Japon et Sénégal 

A l’heure où la France connaît une nouvelle crise de son Université, (Reportage de France 3 « Universités : forte mobilisation contre la loi Vidal » ; article paru dans Le Monde diplomatique, Les étudiants livrés au marché de l’anxiété), je me suis rendue compte de la transformation des milieux universitaires ces 50 dernières années. D’abord étudiante au Japon, au Sénégal, et en France, je fais désormais partie du corps professionnel que l’on nomme les universitaires. A ce titre, je suis en mesure d’observer cette transformation de l’intérieur.

Je constate, et je ne suis certainement pas la seule à penser cela, que les universités subissent de plus en plus l’influence du libéralisme économique et les effets de la mondialisation. Que ce soit en France ou au Japon, les étudiants me semblent frappés d’apathie intellectuelle, c’est-à-dire d’un manque d’esprit critique et d’engagement (académique et politique).

L’une des raisons essentielles est sans doute l’effondrement de la politique idéologique (notamment le marxisme) qui a autrefois suscité tant d’enthousiasme dans le monde académique. Mais le problème est plus structurel. Le capitalisme affecte de plus en plus la production de savoirs. Les universités dépendent de leurs financeurs (États, entreprises privés, institutions internationales) qui imposent leurs intérêts, et surtout, des délais très courts pour produire un résultat « utile ». (Christian Laval, 2009).

La recherche et l’Université doivent être « rentables » pour la société. 

L’idée n’est pas mauvaise en soi. Mais la façon dont le système est construit aujourd’hui participe à la précarisation du métier de chercheur, et par conséquent à la baisse de leur productivité. Pour celles et ceux qui comprennent le japonais, je vous invite à regarder un reportage diffusé sur la NHK (Nippon Hōsō Kyōkai), l’unique groupe audiovisuel public japonais.  Bientôt la fin des prix Nobel décernés à des Japonais ? ,  s’interroge l’auteur du reportage. Une question surprenante à première vue, mais loin d’être anodine lorsque l’on s’attarde sur les conditions de travail des universitaires de l’archipel.

En effet, les jeunes diplômés ne se voient souvent proposer que des contrats de courte durée, deux à trois ans en moyenne. A peine entrés dans le métier, ils doivent donc rester à l’affût d’autres opportunités, et vivent avec l’angoisse de se retrouver sans emploi une fois leur mission achevée. Et pour les personnes disposant d’un contrat stable et de longue durée à l’Université, leur charge de travail administratif et d’enseignement est telle qu’il leur est souvent impossible de consacrer du temps à leurs recherches. Certains diront que les conditions varient selon les pays, et que le Japon n’est pas le Sénégal par exemple. Difficile de leur donner tort. Mais à y regarder de près, les situations se ressemblent un peu partout à travers le monde.

50 après Mai 68, n’est-il pas venu le temps de repenser l’ensemble du système universitaire, de réfléchir à la direction vers laquelle nous souhaitons nous diriger, avec l’’objectif de bâtir un projet commun « utile » à tous ? Une construction à laquelle contribueraient chercheurs, enseignants, et étudiants, mais aussi tous les autres acteurs de la société, y compris les politiques.

Information

Le 15 mai prochain, la Fondation France-Japon organise en collaboration avec Labex Tepsis et sa revue Politika, une conférence publique « Mai 68, 50 ans après : La lutte continue! … t-elle ? « . J’interviendrai dans le second panel consacré aux passerelles entre les mouvements étudiants d’hier (ceux des années 1960) et d’aujourd’hui, en mettant l’accent sur les expériences des « périphéries » (Asie-Afrique-Amérique…).

Inscription, informations.

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Bibliographie et liens utiles :


(日本語のコメント / 記事の直訳ではありません。)

5月危機から50年後の今、大学について考え直す時?

2018年の今年、フランスの大学は度重なるストや学生のキャンパスでの張り込みで騒がしい。私の勤務する社会科学高等研究院(EHESS)でも、学生たちが大学のキャンパスに平和的に張り込んでいたところに警察が介入するという事態が発生した(2018年5月1日のこの事件に関する学生の証言(仏語))。フランス各地で、政府の教育「改革」に対するデモが広がっている。フレデリック・ヴィダル高等教育・研究・イノベーション大臣が推進している、この通称ヴィダル法(Loi Vidal)は、今まで高等教育終了資格(バカロレア)さえあれば許されていた大学への進学に、入試制度を導入しようというものだ。

私もパリに初めて着いたとき驚いたが、フランスの国公立大学は、入試を必要としない。その分大学に入学してから脱落する確率も高くなるが、学費も安く(一年間の学費が5万円以下!)、いわば大学は学生たちにとって開かれた場所なのだ。私が数年間在学していたセネガルも、同様のシステムを導入している。入試を導入することで、日本と同様にそれぞれの学生が入れる大学を選ばなくてはならなくなる。

改革反対派には、国家公務員である大学の先生たちも多い。その理由には「今の給料で、入試に関する一連の事務や添削、審査などの業務が加わったらたまったもんじゃない!」という意見が多いようだ。

今から50年前の1968年、パリの学生たちはまさに今のシステムのもとになった平等な教育制度を目指してデモを行っていた。デモには、大学生に限らず、様々な反政府運動が参加し膨れ上がる。1960年代は「革命」の年代と呼ばれるが、この社会、教育変革の動きはフランスに限らず世界各地にみられ、ベトナム戦争反対運動や、各地で起こった旧システムに対する反対運動、アフリカ各地では独立した後の政権にたいする不満と社会改革を求める動き、パンアフリカニズム・・・、と当時の世界情勢への市民の反応が一挙に可視化した時期だった。

セネガルでも1968年の5月に、高まる学生運動に次いで、それに触発された市民のストライキで政府が教育、政治改革を迫られた。フランスと異なり当時まだ工業化していなかったセネガルでは、学生たちはいわば社会のエリートで、ほとんどが農民だった一般市民とは隔たりがあった。しかし、彼らは民衆の名で改革を求める。当時大学生たちは、誰よりも世界の動きに敏感で、アメリカや中国で起こっている社会改革運動を自らの国や社会の現実に結びつけ、マルクス主義の平等理念の影響を受けて、キャピタリズムと政府の独裁的な政治、そしてなにより独立後も体制化されてきた植民地同様のシステム(ネオコロニアリズム)に対抗したのだった。

私はダカール大学社会学部で学んでいた当時(2003年ごろから)、1968年に5月危機に参加した世代の研究者やかつての活動家と話す機会が何度もあった。彼らと話して一番印象に残ったのは、彼らが自分たちの手で「社会を良くする」、そして「世界を変える」ということを本気で信じ、そこに全エネルギーを注いでいたということだ。彼らは、自分たちの権利や自国の政府への要求や不満を初めて具体的に表現し、「民衆」の不満を代弁できると信じていた。そしてそのエネルギーがあった。

今の学生たちには、そのエネルギーや政治的な信条が果たしてあるのだろうか?

1990年代の終わりに大学に入学した私の世代、ゆとり世代の少し前の世代は、まったく別の動きの中に巻き込まれていた世代だ。キーワードは、「IT化」、「グローバリゼーション」そして「問題発見・解決」。それは大学ですべての学生がパソコンを使うのが当たり前になってきた世代であり、「グローバリゼーション」で世界がつながって素晴らしい世界村というユートピーが訪れるような錯覚がまだあるにもかかわらず、そこから目覚める人たちも増えてきた世代だった。

1960年代から50年たった今、日本に限らず世界の大学は、知識を探求したり社会改革を発動したりする場所ではなくなってきている。フランスでも、日本でも、学生たちは自分たちの就職のために大学を卒業して資格を取るので精一杯だし、先生たちもそれぞれ日々の業務や研究活動に追われて忙しい。

何より大学そのもののありかたやシステムが、今のネオリベラルな世界にうまく一致するように作り替えられてきている。そこには大学や研究活動を生産性や社会への有用性と結びつける考え方がどんどん浸透してきている。フランスで奨励されている研究資金の枠組みの一覧にざっと目をやるだけで、それは一目瞭然だ。例えば、社会科学で奨励されているテーマだけみても、移民とインテグレーション(社会への適応)に関する研究、テロやイスラミズム(特に若者のイスラーム過激派への入信)に関する研究、イノベーションと社会のかかわり・・・、など、今の政策や社会に直接有益な研究に募集がかかっている。

もちろん社会に大学の知識を還元するということは良いことだし、知識は何かの役に立って初めて意味があるという意見に真っ向から反対するわけではない。でも、大学が、目下の問題に答えを出すことに専念して、人間や社会とは何か、そしてどういう人類の未来を目指すのかといった大きすぎる問題を時間をかけて真剣に考える場所でなくなったら、ほかにどこが、そして誰がそれをやるのだろう?(私が宗教運動について研究しだした理由はまさにここにあるのだけれど、それはまたの機会に書くことにする。)

実際フランスや日本の今の大学の仕組みを間近で見てきて、これで大丈夫かと思わざるを得ないことがたくさんある。学生や研究者には基礎研究を真面目に探究する時間もお金も少なくなっていく。研究に費やされる時間はどんどん短くなり、2~3年で具体的な成果を出すことを迫られる。そしてそういう短期のプロジェクトに資金がつく。もちろんそれに応じた若手研究者の雇用も短期採用が増えるので、2年プロジェクトで雇用された研究者は、就職が決まったばかりなのに次の雇用を探すことに時間を割かなくてはならない。

フランスでは日本よりも条件は良いようだが、大学に運よく雇用された若手研究者は、研究以外の事務や教育にたくさん時間が取られ、肝心の研究が進まない(日本については少し前にNHKで報道された研究者の現状、「日本人はノーベル賞を取れなくなる? 過去の受賞者が懸念 」を参照)。

今、大学の抱えるこうした問題は、世界レベルで広がっている。これからの大学がどんな場所になるべきなのか、未来の高等教育が何を目指すのかを本気で考え直す時が来ているのかもしれない。

2018年5月8日

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